Crise de la RAM 2026 : pourquoi votre prochain PC et votre prochain smartphone vont coûter beaucoup plus cher
Un kit de mémoire vive DDR5 de 64 Go qui se négociait autour de 195 dollars en 2025 approche aujourd’hui les 788 dollars. Ce chiffre, à lui seul, résume l’année : la crise de la RAM — que le secteur a surnommée RAMageddon — n’est plus une inquiétude d’analystes, c’est une réalité qui se lit sur les étiquettes. Lenovo, Dell, HP, Acer et ASUS ont tous prévenu leurs clients d’une hausse des prix PC de 15 à 20 % sur 2026. Et le phénomène déborde désormais sur les smartphones. Voici les chiffres, les causes, et surtout ce que vous pouvez faire.
Les chiffres bruts : une envolée sans équivalent récent

Les prix contractuels de la DRAM — ceux que négocient les grands assembleurs, et non les prix de détail — ont suivi une trajectoire brutale :
- Premier trimestre 2026 : environ +90 à 95 % par rapport au trimestre précédent ;
- Deuxième trimestre 2026 : environ +58 à 63 % en séquentiel ;
- Troisième trimestre 2026 : une hausse projetée de +10 à 15 %.
La décélération du troisième trimestre est trompeuse : elle s’applique à une base déjà considérablement gonflée. Sur l’ensemble de l’année, les projections tablent sur des prix DRAM et SSD supérieurs de 130 % à ceux de 2025. Le stockage flash n’est pas épargné : les tarifs SSD ont augmenté d’environ 60 % sur le seul premier trimestre.
Pour le consommateur, la répercussion est estimée à +17 % sur le prix des PC. Les avertissements des constructeurs vont dans le même sens, avec une fourchette de 15 à 20 %, et certains rapports évoquent jusqu’à 30 % si les tensions d’approvisionnement s’aggravent.
La cause : l’intelligence artificielle mange la production
L’origine de la crise tient en une phrase : les centres de données d’intelligence artificielle absorbent une part croissante de la production mondiale de mémoire. Les estimations situent à environ 20 % de la production totale de DRAM la part consommée par l’IA en 2026, une proportion susceptible de progresser encore à mesure que les infrastructures se déploient.
Le mécanisme mérite d’être expliqué. Les accélérateurs d’IA ont besoin de HBM (High Bandwidth Memory, mémoire à haute bande passante), un type de mémoire empilée en couches qui offre un débit très supérieur à la DDR5 classique. Or la HBM se fabrique dans les mêmes usines et sur les mêmes lignes de production que la mémoire grand public. Chaque galette de silicium consacrée à la HBM est une galette qui ne produit pas de DDR5 pour votre ordinateur. Et comme la HBM se vend nettement plus cher, les fondeurs n’ont aucune incitation économique à arbitrer en faveur du marché grand public.
À cela s’ajoute un facteur de calendrier : les investissements en capacité de production de semi-conducteurs se comptent en années, pas en mois. Le PDG de Micron, Sanjay Mehrotra, a d’ailleurs signalé plus tôt cette année que la crise se prolongerait au-delà de 2026.
L’effet domino sur les smartphones

Longtemps, le marché mobile a semblé protégé : les constructeurs achètent en volume, sur des contrats longs, et disposent d’un pouvoir de négociation supérieur à celui d’un assembleur PC. Cette protection s’érode.
Le cas du Pixel 11 de Google, dont les caractéristiques ont largement fuité avant la conférence du 12 août, en est l’illustration la plus nette. Deux arbitrages y sont directement attribués au coût de la mémoire :
- la disparition de la version 128 Go au profit du 256 Go comme capacité d’entrée — ce qui ressemble à une bonne nouvelle mais s’accompagne d’une hausse de prix d’environ 100 dollars ;
- une RAM de base ramenée de 16 à 12 Go sur les modèles Pro et Pro XL.
Autrement dit, le consommateur paie plus cher pour une configuration mémoire en retrait. C’est la signature typique d’un marché sous contrainte d’approvisionnement.
Ce que ça change pour vous, concrètement

Si vous devez acheter un PC maintenant
Regardez la configuration mémoire avec une attention inhabituelle. Sur un PC portable, la RAM est le plus souvent soudée à la carte mère et donc non évolutive : la quantité choisie à l’achat est définitive. Dans le contexte actuel, l’option +8 Go facturée par le constructeur est devenue coûteuse, mais elle reste généralement moins chère que de racheter une machine entière deux ans plus tard.
Si vous montez ou faites évoluer une tour
Un PC de bureau garde l’avantage décisif de la modularité. Si votre machine accepte encore de la DDR4, sachez que ce format subit moins violemment la flambée que la DDR5, les lignes de production étant progressivement redéployées. Vérifiez la compatibilité de votre carte mère avant tout achat : DDR4 et DDR5 ne sont pas interchangeables, ni physiquement ni électriquement.
Pour une nouvelle configuration DDR5, un kit de 32 Go en 2 × 16 Go à 6 000 MHz reste le point d’équilibre le plus défendable en 2026 : suffisant pour le jeu et la création, sans payer le surcoût des capacités élevées.
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Si vous pouvez attendre
C’est la stratégie la plus économique, à condition d’être lucide sur l’horizon. Les indications disponibles ne pointent aucune détente avant 2027 au plus tôt. Et il faut garder en tête une asymétrie bien connue du secteur : les baisses de prix des composants se répercutent beaucoup plus lentement sur les produits finis que les hausses. Un fabricant ajuste ses tarifs à la hausse en quelques semaines, mais met plusieurs trimestres à les redescendre.
Le réflexe à ne pas oublier
Avant de racheter de la mémoire, vérifiez que votre problème en est bien un. Un système qui rame par manque de RAM se reconnaît à un usage mémoire constamment au plafond et à une activité disque intense liée au fichier d’échange. Sur beaucoup de machines, un simple nettoyage des programmes lancés au démarrage ou le passage d’un disque dur mécanique à un SSD apporte un gain plus net qu’une barrette supplémentaire.
À retenir
La crise de la RAM de 2026 n’est pas un accident conjoncturel mais un effet structurel de la course à l’IA. Elle durera au moins jusqu’en 2027, elle touche aussi bien le PC que le smartphone, et elle se manifeste autant par des hausses de prix affichées que par des régressions silencieuses de fiches techniques. La meilleure défense reste l’information : lisez les configurations mémoire en détail avant d’acheter, et méfiez-vous des promotions sur des machines dont la RAM a discrètement fondu.
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